L'émirat qui dépense & l'émirat qui paye
Au sud de la ville de Dubaï, la zone franche de Djedel Ali abrite le premier port artificiel en eau profonde du monde. Ici, quiconque peut importer, fabriquer et réexporter à sa guise. À la tonne ou à l’unité. L’émirat a investi massivement pour devenir une plaque tournante logistique et commerciale incontournable desservant le Moyen-Orient et au-delà, jusque-là Caspienne de, l’Inde et l’Afrique. On voit communément débarqué à Dubaï des cohortes de commerçants congolais venus acheter des stocks de tongs fabriquées en Chine. L’émirat et même le premier partenaire commercial de certains pays comme l’Ouganda ou le Kenya. Les douanes locales et font preuve de célérité stupéfiante, sont équipés d’un logiciel qui garantit la réexportation de toutes les marchandises au moins d’une heure. La France envisage de l’acquérir. Même l’aéroport bat des records puisqu’il enregistre le deuxième trafic de transit ou au monde et la fonderie d’aluminium du Dubal est un géant à l’échelle du Moyen-Orient.
Tout cela coûte cher. A propos, qui finance ces projets gigantesques ? Avec des réserves d’environ un siècle, les Emirats arabes unis sont fabuleusement riches en hydrocarbures mais 90 % du pétrole et du gaz du pays se trouve sur le territoire d’un seul émirat, Abu Dhabi, entre les mains du cheikh Zayed Ben Sultan Al Nahyan, qui a plus de 90 ans. Mais Dubaï n’a presque plus de pétrole. Dans quinze ans, son sous-sol sera vide. Abu Dhabi lui fournit environ 150 000 barils de tous les jours.
Combien de temps l’émirat qui à du pétrole financera-t-il l’émirat qui à des idées ? Les Bédouins très conservateur d’Abu Dhabi, trop riche et trop nombreux pour avoir besoin de développer leur économie, cela seront île un jour de mettre leur fortune au service de ces extravagants marchands de Dubaï ? Ils sont aujourd’hui tout intérêt à fournir aux Dubaïotes les moyens de leur future autonomie, mais cette solidarité survivra-t-elle au vieux Cheikh-Zayed ? Dubaï éprouve déjà plus de difficultés à obtenir des fonds. Pendant des décennies, c’est Abu Dhabi qui avait fourni à son voisin, à des prix très subventionné du gaz pourtant traité à grands frais. À partir de 2006, dans le cadre du projet Dolphin, Dubaï devra payer au prix du marché le gaz naturel venu par gazoduc du Qatar. Cette perspective ne l’enchante pas. Les émirats semble à des années-lumière l’un de l’autre. Abu Dhabi compte ses sous et embauche comme travailleurs émigrés des Soudanais et des Egyptiens pour les aider les pays frères dans le besoin alors que Dubaï s’offre au prix du marché les meilleurs cadres néo-zélandais ou américains.
St M.
source : Figaro, le mardi 17 juin 2003