Dubaï, l’émirat entreprise
Au pied du Burj el Arab, l’hôtel sept étoiles en forme de voile qui trône sur le littoral, on voit l’émirat de Dubaï pousser littéralement a vue d’œil. Toute la côte n’est qu’un immense chantier arraché au désert, où se succèdent futurs hôtels de luxe, résidences de standing genre florentin, campus d’université ultra-modernes et parcs d’attractions haut de gamme. Les projets fous se télescopent : Dubaï Marine, Palm Island, Madinat al Jumeirah. Une nuée d’ouvriers du bâtiment s’agit sous le soleil de plomb dans un ballet gigantesque qui évoque irrésistiblement le tournage d’un grand péplum hollywoodien. À l’intérieur de la ville, la folie de construction s’est un peu calmée mais la plupart des gratte-ciel à l’architecture futuriste qui bordent l’avenue du Cheikh-Zayed n’étaient pas là il y a cinq ans. Dubaï ne se développa, il explose.
Les agences immobilières jurent que quand les maisons à un million de dollars pièce sont mises en vente, plusieurs mois avant d’être achevées, les acheteurs, des ressortissants du Golfe Persique pour la plupart, se précipitent pour faire la queue et en viennent parfois aux mains. Il n’y aura pas de place pour tout le monde dans cette fourmilière qui engloutit des dizaines de milliards de dollars chaque année. Une bulle de l’immobilier résidentiel est en train de gonfler. « Dubaï, c’est Singapour mâtiné de Monaco », persifle un investisseur étranger.
C'est un endroit qui bouge et qui réussit! s'exclame Marie-Anne Benedetti, la pétulante directrice des voyages Al-Futtaim, du nom de la famille qui possède la plupart des licences des grandes marques présentes à Dubaï, comme Carrefour, Toshiba ou Volvo. Tous admirent ces projets pharaoniques. Et applaudissent, par exemple, au projet de développement de l'attraction touristique de Dubaï, le shopping. Trois millions de visiteurs viennent profiter, au mois de janvier, des rabais de 70 à 80% consentis sur les marques de luxe et sur l'or, la spécialité de l'émirat, qui y consacre un souk. Le Dubai Festival City permettra d'aller encore plus loin dans l'accueil de ces acheteurs qui dépensent près de 2 milliards d'euros tous les ans. Vraie ville dans la ville, avec une superficie qui égale 3 fois celle de Monaco, ce complexe hébergera 50 000 personnes et offrira 250 000 mètres carrés de lieux de vente et d'exposition. Coût de ce paradis pour touristes dépensiers: 1,5 milliard d'euros. Une paille par rapport au projet de Palm Islands.
A l'impossible Dubaï semble tenu. L'émirat veut miser sur le tourisme mais manque de plages pour assouvir ses ambitions démesurées? Sans hésitation, il crée deux îles artificielles en forme de palmiers, Palm Islands, qui rallongeront la côte de 120 kilomètres. Au large, des chalutiers déversent des tonnes de sable dans la mer pour asseoir les fondations de ces îles - il en faudra en tout 200 millions de mètres cubes - qui, dit-on, se verront de la Lune. Pas de doute, c'est le plus grand chantier du monde et le pari le plus fou de ce début de siècle. «En moins de trois jours, nous avons vendu toutes nos propriétés à 500 000 €, plage privée comprise», se félicite Saeed al-Jaflah, directeur des ventes de Palm Islands. Parmi les acheteurs figurent également des stars comme Brad Pitt et Robert De Niro.
Source : Les Echos. Vendredi 3 mars 2006