Des japonais à la conquête de l’espace

Publié le par Classe de BTS1

Nidification. « Faire son nid dans la ville », exposition essentielle de la manifestation de loger aux Subsistances, met en scène est une nouvelle génération d’architectes nippons, nées pour la plupart après les années 60. Après un développement urbain sauvage centré autour de gratte ciel monumentaux, après la crise économique des années 90 et l’éclatement de la bulle spéculative, ces jeunes constructeurs, dits « post-bulle », en fait glisser l’architecture d’ailleurs. En profitant du chaos de la ville, ils occupent ce contexte urbain-dédale sans qualité, tel qu’il est, sans le modifier mais en analysant pour mieux s’y immiscer. Car le manque d’espace, les démolitions rapides, le prix élevé du terrain (400 000 euros pour 60 m²) et est une zone sismique, peuvent enrichir les recherches architecturales.

Orléans envoyée spéciale Cents projets relevant de la métaphore de la nidification, c'est-à-dire de la petite unité lovée dans le moindre interstice libre de la mégapole, ont été sélectionnés par les commissaires Akira Suzuki et Mariko Terada. Cette dernière explique : « Ne pas nier le réel, mais le jauger et de valoriser, voilà ce qui caractérise l’attitude de cette génération d’architectes à l’égard de la ville. »

Ce sont d’abord le nom donné à ses petites habitations qui donnent une idée de l’échelle des parcelles. Maison couloir, d’Oki Sato Mondo, Chapeau pointu de Yuki Ishiguro. Les terrains, souvent en forme de triangle ou de Hatazao (hampe de drapeaux) exige que les maisonnettes s’y lovent avec inventivité, en optimisant l’espace partout, en créant des pièces modulables. La small house, de Kazuyo Sejima, semble battre les records avec un terrain de 60 m², une surface au sol de 34 m² et une surface habitable de 76 m², le tout pour un couple avec enfant. En empilant quatre plans, en intégrant miraculeusement une cage d’escalier, Sejima joue sur des murs inclinés, et un solarium orienté vers le ciel pour démultiplier l’impression d’espace. Où est le dehors, où est le dedans ?

Mini ville. Car l’autre caractéristique de ces minuscules pavillons, c’est qu’ils captent la ville, l’activité humaine conçue comme partie intégrante de l’architecture. La maison devient une mini ville au cœur de la ville, avec ses îlots intérieurs. Elle laisse entrer le paysage urbain, ce qui implique, du sol au plafond, différents jeux de lumière, grâce à des ouvertures non standard. Les architectes rivalisent d’ingéniosité, de matériaux, d’extensions inattendues. Les noms, là encore, parlent. Crystal Brick, de l’atelier Tekuto, Maison du vide ou Maison Paravent, de Mikio Tai, de Takaharu + Yui Tezuka, Maison à volets de verre, de Shigeru Ban. Au pays de l’éloge de l’ombre, ces constructions peuvent être à la fois ouvertes et fermées.

Parmi les architectes incubateurs de ces recherches, on repère Bow-Wow, atelier fondé en 1992 par Yoshiharu Tsukamoto et Momoyo Kaijima. Une onomatopée évoquant l’aboiement pour désigner cette meute de scrutateurs du paysage urbain, qui fonde ses nombreuses réalisations sur l’observation des dédales pavillonnaires du centre de Tokyo. Après Mini house, en 1999, leur manifeste, ses adeptes des situations défavorables ont enchaîné en 2001 avec Gae House, une maison bâtie autour de la vie d’un couple, les Nagae, qui illustre la relation très proche que les architectes adoptent très souvent avec leurs clients. Akira Nagae, propriétaire, précise : « nous avons choisi de jeunes architectes, car le travail n’est pas leur unique centre d’intérêt et ils savent profiter des joies simples de la vie comme écouter de la musique ou apprécier la mode… Ils ont aussi une expérience hors de l’archipel… Notre désir était de partager avec eux l’ensemble du processus de réalisation de la maison. »

Objets de design. Pour eux-mêmes, les Bow-Wow ont conçu House & Atelier, à Tokyo en 2005. Là encore, pour gagner de la place, le couple a combiné son logement et son agence, sur un terrain difficile, en forme de hatazao de 109 m². Sur quatre niveaux, en séparant le moins possible atelier et habitation, ils ont joué de surfaces variables pour les paliers et escaliers, d’une colonnade centrale qui penche comme le mur extérieur, créant un espace continu insolite, du mouvement.

De par leur échelle, ces maisonnettes s’apparentent à des objets de design. Comme la Natural Ellipse, de Masaki Endoh (2002), qui se dresse, ovoïde, dans le quartier animé de Shiboya, à Tokyo, non loin des love-hôtels. Un cylindre SF qui semble dénuée de vie domestique mais est remplie de mangas… il est représentatif d’un autre esprit de ces architectes où les services extérieurs, comme les épiceries, priment sur l’équipement intime : la ville devient domestique et la maison, ici, « café manga ». A l’opposé de cette urbanité concentrée, on trouve d’autres objets insolites, plantés dans la nature, si chère aux japonais. Le pavillon de thé perché au dessus des arbres, de Terunobu Fujmori, n’obéit à aucune règle si ce n’est la fantaisie rigoureuse de l’architecte.

Au sortir de cette exposition, on se rend compte qu’il est impossible de plaquer une telle richesse de petits points de vue sur le contexte français. Mais cette démarche de recyclage de l’espace urbain « tel qu’il est », de son enrichissement par des objets curieux au service de la vie et de la ville, « pour vivre chez soi comme en ville », est à méditer.

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Publié dans Tokyo

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