Le renouveau architectural
« La conception occidentale de l’architecture est absolument étrangère à la mentalité japonaise : il manque même un mot équivalent au terme « architecture », qui s’appliquerait à tous les bâtiments, pour autant qu’ils aient une valeur artistique. Dans le langage traditionnel, on trouve le terme zoka (qui s’applique à la construction des maisons) et celui de fushin (qui concerne la collecte de fonds pour la construction ou la reconstruction des temples) ; ces vocables ne peuvent cependant pas être généralisés, étant inséparables de certains processus rituels. On a par conséquent forgé un nouveau mot, Kenchiku, équivalant au terme occidental d’ « architecture » : d’après les experts, il devait indiquer surtout la valeur artistique des constructions mais, dans le langage populaire – comme le précise un chercheur contemporain, Shinji Koike – ce terme est utilisé plutôt pour désigner l’ensemble des opérations techniques au domaine bâti. Ce qui prouve que le concept japonais diffère du concept occidental, moins par son extension que par son cadre mental : les Européens, selon la conception de la Renaissance, pensent à une valeur abstraite et générale, qui concerne un seul aspect de l’activité de la construction tandis que les Japonais – tout comme les hommes du Moyen Âge – pensent à une activité concrète et particulière, dont les différents aspects sont perçus globalement et de façon unitaire. »
Après la seconde guerre mondiale, à un moment de crise dans leur pays, les architectes japonais entreprirent une bataille pour conquérir une reconnaissance et une légitimité internationales. Ils se rendirent immédiatement compte qu’il leur fallait apparaître compétitifs dans les domaines où se faisait débat en Occident et démontrer leur autonomie en perpétuant, les valeurs traditionnelles. Certaines de celles-ci sont d’ailleurs du plus haut intérêt.